Le moment dangereux d'une idée prometteuse n'est pas le doute : c'est l'enthousiasme. On ouvre son logiciel de notes, on bâtit une arborescence de dossiers. En génie logiciel, cela s'appelle l'optimisation prématurée. Ces dossiers vides donnent une fausse satisfaction — « j'ai déjà pris possession du sujet » — et, un mois plus tard, la frustration fait tout abandonner.
D'où la règle de fer : avant d'avoir survécu à trois épreuves de vitalité consécutives, une graine n'a aucun droit d'entrée dans le système formel. Première épreuve : sept jours de sprint, 45 minutes d'information dense par jour, puis 72 heures de privation. Le cerveau déroule-t-il encore le problème ? Soulagement : moins 30 %. Impatience : plus 20 %.
Deuxième épreuve : le retour réel. La technique de Feynman s'effondre devant des amis qui hochent la tête. Il faut un auditoire sans politesse — petit cercle honnête, texte publié, forum exigeant — et guetter sa réaction devant la première objection. Colère, envie de riposter : moins 20 %. Excitation devant l'angle mort qu'on vous montre : plus 25 %.
Un indice sous les 20 % n'est pas un échec : c'est une mauvaise direction écartée en quelques semaines au lieu de plusieurs années. Reste à corriger le cap — resserrer l'angle, monter en abstraction, changer d'essence. Tenir ou virer de bord ? Et cette question, dans l'heure la plus noire : trente minutes de plus, pour une seule énigme ?